Les Fascias chez le Cheval : de quoi parle-t-on vraiment ?
Les fascias sont aujourd’hui de plus en plus présents dans les discussions autour du mouvement, de la biomécanique et du travail manuel du cheval.
Le terme « fascias » est souvent utilisé de manière très large.
Alors, que sont réellement les fascias ?
Où les trouve-t-on dans le corps du cheval ?
Quels rôles peuvent-ils jouer dans son organisation et son mouvement ?
Et surtout, que peut apporter leur observation et leur travail dans le cadre d’une pratique manuelle ?
Pour répondre à ces questions, revenons brièvement à l’anatomie et à la physiologie des tissus avant de nous intéresser à leur approche manuelle.
1 . LES FASCIAS : des tissus présents dans tout le corps
Les fascias appartiennent au vaste ensemble des tissus conjonctifs.
Ils regroupent différentes structures constituées notamment de fibres de collagène, de fibres élastiques et d’une substance fondamentale. Leur organisation varie selon leur localisation et leur fonction.
On distingue des tissus conjonctifs superficiels et profonds, mais également des structures fasciales associées aux muscles, aux tendons, aux ligaments, aux vaisseaux, aux nerfs, aux organes.
Les fascias ne sont donc pas uniquement présents « autour des muscles ». Ils accompagnent et relient de nombreuses structures du corps et sont également présents autour et entre les organes et les viscères.
Chez le cheval, ces tissus présentent une organisation particulière adaptée à la mécanique du corps et aux contraintes liées à la locomotion.
Une étude anatomique et histologique consacrée au fascia profond du membre thoracique équin a ainsi décrit un tissu constitué de couches de fibres de collagène, associé à des fibres élastiques, à une vascularisation importante et à des fibres nerveuses. Les auteurs décrivent également des relations étroites entre le fascia et certaines structures de ce membre antérieur.
Les fascias participent à l’organisation des tissus et s’inscrivent dans une continuité anatomique plus large.
2 . UN RESEAU ORGANISE : selon les contraintes du corps
Le corps du cheval n’est pas constitué de structures qui fonctionneraient chacune de leur côté.
Les muscles, leurs enveloppes conjonctives, les tendons, les ligaments, les articulations et les autres tissus sont organisés les uns par rapport aux autres et entretiennent des relations étroites.
Les structures fasciales présentent elles aussi une organisation qui varie selon leur localisation et les contraintes auxquelles elles sont soumises.
Chez le cheval, les recherches histologiques montrent que l’organisation des fascias peut différer selon les régions du corps et qu’elle possède certaines particularités par rapport aux modèles humains et canins. Une étude comparative portant sur le cheval et le chien a notamment mis en évidence des caractéristiques propres à l’organisation fasciale équine.
Cette continuité anatomique permet de considérer les fascias comme l’un des éléments participant à l’organisation mécanique du corps et aux relations entre ses différentes structures.
Elle permet également de comprendre pourquoi l’observation d’une région du corps gagne à être replacée dans le contexte général du cheval.
3 . LES FASCIAS et la transmission des forces
La locomotion du cheval impose aux tissus des contraintes considérables à son organisme.
A chaque déplacement, les muscles produisent des forces, les articulations les transmettent, les tendons et les ligaments participent à leur gestion et l’ensemble du système locomoteur doit absorber, restituer et redistribuer ces contraintes.
Les recherches anatomiques sur les fascias équins suggèrent que leur organisation leur permet de participer à cette mécanique.
Dans le membre thoracique, par exemple, les fibres de collagène du fascia profond sont organisées en plusieurs couches et présentent des orientations différentes selon les structures étudiées. Les auteurs considèrent que cette organisation contribue notamment à la résistance mécanique des tissus et peut participer à la transmission des forces musculaires lors du mouvement.
Cela signifie que le fascia constitue une composante du système mécanique dans lequel les différentes structures du corps travaillent ensemble.
4 . LES FASCIAS : des tissus également innervés
Un autre aspect particulièrement intéressant concerne l’innervation des fascias.
Le fascia a longtemps été considéré principalement pour ses propriété mécaniques. Or des recherches anatomiques ont montré la présence de fibres nerveuses dans différents tissus fasciaux. Les fascias sont donc innervés et leur innervation présente une organisation variable selon les régions étudiées.
Cette dimension sensorielle est particulièrement intéressante lorsque l’on s’intéresse au toucher et au mouvement et promet encore de belles découvertes.
Observer le Cheval dans son ensemble
1 . LE TOUCHER COMME OUTIL D’OBSERVATION
C’est à partir de ces compréhensions anatomiques que le travail manuel prend tout son sens.
Avant même de poser les mains, j’observe le cheval :
sa posture, ses appuis, la position de son corps, ses asymétries, sa mobilité, la qualité de son mouvement, les régions de son corps davantage sollicitées et celles moins engagées…
Le toucher apporte ensuite d’autres informations :
la qualité des tissus, leur consistance, leur mobilité, les zones de raideur ou de tension, la réaction au contact.
Observation et palpation se complètent et elles permettent de construire progressivement une lecture plus précise du cheval.
Chaque tissu possède ses propres caractéristiques et chaque cheval possède une organisation qui lui est propre.
Une différence de mobilité, une tension, une modification de consistance ou une réaction au toucher constituent des informations.
Mais une information isolée ne suffit pas. Elle prend tout son sens lorsqu’elle est replacée dans l’ensemble de ce que montre le cheval : sa posture, son mouvement, ses appuis, ses adaptations et les relations entre les différentes régions du corps.
C’est pourquoi je porte une attention particulière à la réponse du cheval pendant le travail :
sa respiration peut évoluer, sa posture peut se modifier, un appui peut changer, une zone peut devenir progressivement plus mobile…
Ces observations ne constituent pas à elles seules un diagnostic. Elles viennent enrichir la lecture manuelle du corps et permettent d’adapter le travail à votre cheval.
2 . COMPRENDRE LES RELATIONS ENTRE LES DIFFERENTES REGIONS DU CORPS
L’intérêt d’une approche par les fascias est de ne pas considérer une région comme totalement indépendante du reste du corps.
La zone observée est replacée dans son environnement anatomique et mécanique.
Une modification de mobilité à un endroit peut être mise en relation avec ce qui est observé ailleurs. Cette façon de regarder le corps est particulièrement intéressante chez le cheval, dont la locomotion repose sur une organisation extrêmement coordonnée.
Le corps doit en permanence gérer les forces liées au déplacement, aux appuis, aux accélérations, aux changements de direction et aux adaptations posturales.
Les Fascias : Une composante de la mobilité du Cheval
LES FASCIAS : Une composante de la mobilité du cheval
Les recherches actuelles permettent de mieux comprendre la complexité des tissus fasciaux équins.
Elles montrent notamment :
- leur organisation en tissus conjonctifs riches en collagène,
- leur vascularisation,
- la présence de fibres élastiques,
- leur continuité avec la plupart des structures anatomiques,
- leur innervation,
- leur implication potentielle dans les relations mécaniques entre les différentes structures du corps.
Mais ces recherches montrent également que les fascias ne nous ont pas encore tout dévoilé et que ce domaine passionnant nous réserve encore bien des surprises !
Dans mon travail de Masseur Equin, les fascias constituent une véritable grille de lecture du corps du cheval. Je les intègre ensuite à une observation plus large qui prend en compte la posture, les appuis, la mobilité, et à une solide connaissance des différents systèmes physiologiques du corps.
J’espère que cet article, un peu plus complexe que d’ordinaire, vous aura fait découvrir cet univers fascinant qui se cache sous la peau de vos chevaux.
Bibliographie :
Skalec A, Egerbacher M : The deep fascia and retinacula of the equine forelim – Journal of Anatomy – 2017
Suarez-Rodriguez V, Fede C, Pirri C et al : Fascial Innervation – 2022
Connaissances personnelles





